Facebook, c'est un party de cuisine. Un party de cuisine où tu n'as pas toujours invité des gens qui vont bien ensemble. Un party de cuisine où une vague amie de polyvalente perdue de vue depuis longtemps peut s'engueuler avec ton père en buvant une bière près du frigo, tandis que le président de ton organisme employeur argumente avec un grand roux que tu ne connais pas vraiment. Qu'est-ce qu'il fait là d'ailleurs? Tu l'as invité parce que vous avez 15 "amis" en commun et que tu crois savoir qu'il travaille en édition. Tu pensais que ça pouvait être utile intéressant. C'était juste avant qu'il dise à ton président "Mort aux Berthelais." Ton président vient de Berthier. Ça tombe juste mal.
Facebook, c'est un party de cuisine où t'as invité trop de monde. Si ça tourne croche, le problème, c'est que ça tourne croche chez toi et c'est un peu de ta faute. T'avais juste à ne pas organiser ça, ce mauvais plan-là. Tu ne fais pas circuler le dernier papier de Petrowski dans un party, tout le monde sait ça! À tes risques et périls si tu te retrouves avec des graffitis sur le mur de l'entrée...
Twitter, c'est un 5 à 7 perpétuel dans un bar bondé. Sauf que tu peux suivre autant de conversations que tu veux et que (potentiellement) tout le monde t'écoute parler. (Si tu es Guy A. Lepage, admettons, tout le monde t'écoute parler.) Ce qui est chouette dans ce 5 à 7, c'est que tu n'es pas obligé d'écouter tout le temps tout le monde que tu connais. La consoeur de ton cours de taï-chi que tu trouves un peu tarte, tu peux toujours lui faire un signe de tête de l'autre bout du bar, elle ne saura jamais que tu ne l'écoutes pas vraiment.
Ce qui est surtout bien, c'est que si tu démarres une conversation qui déraille un peu, que les gens se lancent des bouteilles par la tête et s'arrachent les cheveux, ce n'est pas dans ton appartement. Souvent, en fait, tu les connais plus ou moins les gens qui se sont saisis de ta copie de l'article de Petrowski pour se disputer.
Twitter, c'est moins intrusif. Disons cela ainsi.
Depuis quelques temps, je me rends compte que je ne peux pas faire sur Facebook ce que je fais sur Twitter. Je ne peux pas faire circuler des idées. Sur Facebook, on annonce les grandes nouvelles qui finissent en accolades et en "Toutes mes félicitations!", on fait circuler les photos des bébés, on accorde nos agendas. On s'en tient, autant que faire se peut, au consensus. (Et encore, ils s'en trouvent pour foutre le bordel quant à ta destination de voyage ou au dernier livre que t'as bien aimé.)
J'ai donc choisi Twitter.
Je préfère le 5 à 7, même si surtout parce que c'est plein de gens que je ne connais pas vraiment. Je me lève sur une chaise, je lis un édito, certaines personnes m'écoutent, d'autres non. Certaines personnes me répondent, d'autres prennent la balle au bond. Quand la chicane pogne, des fois je défends mon point, des fois je laisse d'autres se faire les dents. Ça dépend comment je le sens. En tout cas, les idées circulent. "En 140 caractères?" demanderont les sceptiques. Oui! Parce que 140 caractères, c'est suffisant pour renvoyer ailleurs. Pour attirer l'attention.
Twitter est un vrai espace public. Facebook est un espace semi-public avec tout ce que ça implique de zones grises. On m'a suggéré de créer des listes, d'avoir deux comptes, de séparer la vie professionnelle de la vie personnelle. Je ne suis pas comme ça. De toute façon, le problème ne concerne pas tant l'information que je transmets que cette façon avec laquelle les gens développent une discussion sans se connaître, sans savoir qui ils sont, sans comprendre le malaise que ça peut créer, sans se rappeler qu'ils sont dans ma cuisine, à se houspiller, parce qu'ils se sont penchés en même temps sur un article qui les divise.
Pour l'échange d'idées, j'ai choisi Twitter.
Facebook, je m'en servirai pour les anniversaires, le champagne des grandes nouvelles et pour partager mes photos de bébé, le jour où je m'y mettrai.
J'aime la métaphore... Je ne m'en fait pas trop avec ça, mais c'est vrai que mon FB ne me sert pas "professionnellement".
Mais je suis de ceux qui parfois monte dans les rideaux si un commentaire me met l'feu, même si c'est chez quelqu'un d'autre.
Rédigé par : Jean-François Maltais | 09/05/2011 à 23:30
Ah bais ! Ça veut dire que je préfère les party de cuisine où on s'échange une petite recette, se donne l'accolade, la tape dans le dos, qu'on me connaisse plus qu'on me reconnaisse. J'aime que l'on me lise comme un lit un roman intéressant et non fragmenté. Et ceux qui entrent dans ma cuisine, je les connais. Dans les cuisines des autres, je me comporte autrement, je reste courtoise, comme dans la vie, lorsque je suis en visite et que l'on m'offre un siège pour m'asseoir temporairement.
Dans twitter, je suis pas folle de l'idée du 5 à 7 24 heures durant, dans un bar où je dois me frayer un chemin pour m'accoter au comptoir. Pis, j'avoue que répéter, et entendre répéter celui qui répète ce qui a déjà été répété, ça finit par me lasser. Je ne bois pas beaucoup dans les bars durant les 5 à 7, c'est peut-être ça, sais pas.
Et puis je finis par avoir mal aux jambes de rester debout à essayer d'attraper une conversation qui a du caractère avec 140 caractères. S'il y a quelque chose que j'aime de mes 5 à 7 MINUTES au bar Twitter, c'est que l'on me sorte de là en me tendant un lien. Et qu'on le fasse à plusieurs reprises, ça me dérange même pas. J'entre et je sors, personne ne s'en aperçoit, je peux même couper la parole à n'importe qui et surtout à un président de n'importe quoi.
À chacun sa pièce.
Rédigé par : Venise | 09/05/2011 à 23:47
@Jean-François: Oui, en effet. Et pourquoi s'en empêcher. Et c'est là que je considère que Facebook est mal fait. Pour moi, entamer un débat sur Facebook c'est comme une loterie. Je lance un sujet et je ne sais jamais lesquels de mes 700 "amis" vont se sentir interpellés et se jeter dans la mêlée. Par moment, c'est malaisant parce que me retrouve dans des situations où je dois modérer une discussion. Et ça ne me tente pas du tout.
@Venise: Ça ne m'étonne pas. J'ai pensé à toi en l'écrivant (je pense souvent à toi en écrivant). Et c'est vrai, je l'ai remarqué, que ta présence sur Facebook est caractérisée (comme ta présence dans la vie d'ailleurs), par une grande écoute de l'autre et un sens intuitif des limites à ne pas dépasser. Moi je préfère les endroits où ça discute avec moins de bagages émotifs et de liens à préserver ou non, des endroits plus neutres. Pour la discussion émotive et intime, je préfère encore le face-à-face. ;)
Rédigé par : Catherine | 10/05/2011 à 07:20