C'est un beau jouet la chronique, mais c'est une bombe aussi.
Nathalie Petrowski
Retour rapide sur trois points d'une discussion sur le journalisme d'opinion, animée par Patrick Lagacé, avec quatre piliers (des colonnes, t'sé...) de La Presse.
Est-ce que les chroniqueurs jouent des personnages?
Si Nathalie Petrowski avait déjà dit qu'il y a dans tout cela une part de show, Marc Cassivi insistera sur le fait que les chroniqueurs sont les mêmes personnes "dans la vraie vie" que sur papier. Bien aimé sa formule: "Le public a l'impression qu'on a un personnage de chroniqueur qui ne serait pas le même que ce qu'on est en réalité." S'il faut comprendre qu'en réalité, nous sommes un personnage... j'achète.
Il me semble en effet que nous avons tous nos rôles plus ou moins fabriqués avec lesquels nous évoluons. Or, le simple fait d'avoir une tribune contribue, d'une certaine façon, à creuser un sillon. Pendant mes années d'enseignement, je me voyais m'ancrer de plus en plus dans mon personnage, accentuer volontairement certains plis marquants. J'ai tendance à croire qu'une chronique régulière peut avoir le même effet.
Les dangereux sont ceux qui s'y enferment! C'est probablement à ce genre d'excessifs que pensait Vincent Marissal en assimilant certains chroniqueurs à des machines distributrices. "Vous mettez deux piasses dans le trou, vous avez une opinion. Vous brassez un peu la canne, vous en avez partout dans la face."
Est-ce que les chroniqueurs sont indépendants?
"Heureusement, ils ne m'appellent plus le samedi puisqu'il n'y a plus de Presse le dimanche." C'est avec humour que Vincent Marissal a voulu désamorcer l'idée que la famille Desmarais tient sa plume. C'était le bon moment pour rappeler la différence entre l'équipe éditoriale et les chroniqueurs. Je me suis souvenue d'heures passées avec mes étudiants à tenter de les faire s'éloigner des notions de propagande et de complot pour les amener vers des analyses plus fines de tout ce qui influence et limite les médias et les journalistes dans leur travail (leurs filtres, leurs personnages, les limites culturelles, les petits milieux, etc.).
C'est d'ailleurs remarquable que les quatre journalistes aient fait preuve d'une telle ouverture à admettre leurs limites, leurs erreurs et leurs doutes. J'avais rarement entendu une telle capacité d'auto-analyse.
Et les blogueurs alors?
LAGACÉ: C'est quoi la différence entre toi et un gars qui a un blogue?
CASSIVI: Ben... moi je suis payé!
La plupart des intervenants ont insisté sur les limites des blogueurs tout en soulignant que certains font un très bon travail mais sans avoir les outils qui permettent l'indépendance d'un journaliste. Mon point de vue est plus nuancé: les zones de liberté sont différentes. Et s'il est vrai que le blogueur ne profite pas de la crédibilité de l'institution telle que la définit bien Vincent Marissal, c'est qu'il doit se forger la sienne. J'en parlais la semaine dernière.
Le blogue est un phénomène multiple. En ce sens, l'insistance de Nathalie Petrowski sur le danger de l'anonymat apparaît limitative. Plusieurs blogueurs ne sont absolument pas anonymes. Au contraire, ils veulent être reconnus. D'autre part, l'argument de Marie-Claude Lortie concernant l'indépendance que lui assure La Presse en payant tous ces repas est intéressant... mais limité. Si les critiques gastronomiques paient leurs repas, les critiques culturelles ne paient pas leurs sorties ni leurs biens culturels. Alors, en quoi sont-ils plus indépendants que les blogueurs?
La faiblesse du blogueur critique culturel par rapport aux services de presse ou aux invitations, c'est justement l'absence de salaire. En ce sens, les opportunités que lui offrent les maisons d'éditions ou compagnies de théâtre (pour ne nommer que deux exemples) deviennent son salaire. Il peut être tenté de les percevoir comme une faveur qu'on lui fait. Comment rester critique ensuite si on veut garder ses avantages? Ce n'est pas impossible, mais c'est un écueil bien réel.
Finalement, Marc Cassivi a clos cette partie de la conversation en invitant ses collègues à être conscients de leur privilège. Il a souligné qu'un parcours comme le sien est aussi fait d'hasards et qu'il lit certains blogueurs qui pourraient très bien faire son travail. Pas mal pour quelqu'un qui a la réputation d'être la prétention incarnée...
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Je n'ai qu'effleuré certains sujets, je vous conseille d'écouter la conférence.
Vous pouvez suivre tout ce beau monde sur Twitter: @kick1972 (Patrick Lagacé), @marccassivi, @mclortie, @npetrowski, @vmarissal
J'ai adoré l'écoute de cette conférence même si le son n'était pas fameux. Je me suis défoncé le tympan pour mieux entendre mais ça valait la peine.
J'ai été frappée par à peu près les mêmes choses que toi. C'est nettement Marc Cassivi qui m'est apparu le moins prétentieux, et la franchise et l'honnêteté étaient au rendez-vous chez tous et chacun. Ça m'a un peu surprise et beaucoup charmée. Je ne verrais plus ce métier comme avant.
J'espère que plusieurs iront écouter cette conférence, impossible d'être déçu à mon avis.
Rédigé par : Venise | 09/05/2011 à 23:54