Le week-end dernier circulait sur les réseaux sociaux cet essai de Mark Oppenheimer sur la pensée de Dan Savage. L'infidélité: un sujet si intime qu'il nous est difficile de l'aborder en gardant la tête froide. Rapidement, nos histoires, nos envies et nos douleurs interfèrent dans la lecture.
Sur le sujet principal, disons simplement que je suis assez sensible à l'argument de Savage: nous sommes hypocrites quant à nos attentes de monogamie. (Il faut dire que l'hypocrisie est un tel liant social.) Je suis aussi sensible aux critiques qu'on lui adresse, entre autres sur le fait qu'un paquet de femmes (surtout) vont accepter des comportements qui ne leur conviennent pas dans un jeu de compromis pour sauver leur couple.
En effet, dans son principe du GGG (good, giving and game - habile, généreux et audacieux), Savage estime que des conjoints doivent pouvoir exprimer leurs envies et montrer de l'ouverture face à celles de l'autre. Ce qui me chicotte surtout, c'est qu'il ne semble jamais considéré qu'une pulsion puisse représenter un problème pour l'individu qui la vit.
Nous nous sommes beaucoup battus (et nous battons encore) pour nous libérer de la contrainte sociétale et morale face aux désirs sexuels, particulièrement quant à l'orientation. Or, par un certain détournement, il semble que ce combat ait mené à une idéalisation de la pulsion sexuelle comme quelque chose qui ne doit pas être freiné. On la présente souvent comme pure ou vierge, pas souillée par notre intellect ou nos émotions, comme un relent de "vérité primaire". Ce discours m'exaspère au plus haut point. Dans ce moment de l'histoire où le tabou le plus inavouable est peut-être d'avoir des tabous, tout désir entre deux adultes consentants est considéré comme une bonne chose, un pas vers son épanouissement personnel.
Or, si ce que la société pense des pratiques sexuelles des gens ne m'intéressent guère, je trouve assez illusoire de croire que la pulsion sexuelle est toujours pure. La pulsion sexuelle est comme n'importe quoi, teintée de nos expériences, de nos cicatrices, de nos peurs, de nos limites. Et certaines pulsions sexuelles peuvent nous être nocives. Un adulte consentant n'est pas un bloc monolithique de pensées et de valeurs cohérentes. Rien ne prouve (bien au contraire) que répondre à sa pulsion sexuelle soit toujours gratifiant.
Le sexe est bien le seul domaine où "Écoute ton besoin" semble être la réponse one-size-fits-all. Il ne nous viendrait pas à l'esprit de dire à n'importe qui de toujours écouter son besoin en matière de bouffe, d'alcool, de magasinage et que sais-je encore. Mais le sexe, ça, le sexe... Ça ne procure que du bien, surtout s'il y a un orgasme à la clé.
Certains de mes amis n'oublieront jamais un mémorable club de lecture où j'ai explosé lorsqu'un participant, discutant du Putain de Nelly Arcan, affirma: "Elle aime ça, elle jouit." Ça apparaît sans doute un contre-sens pour certains esprits simplistes, mais l'orgasme n'est pas, en soi, garant de bonheur...
Pour revenir à l'infidélité, j'ai connu des hommes très volages, dont certains avaient même des ententes de couple, et qui pourtant n'étaient pas épanouis. Parce que la pulsion est le fruit d'un parcours, souvent inconscient, souvent très intime, et qu'il peut y avoir, dans ce parcours, quelque chose qui moisit et qui provoque une pulsion qui n'a rien de sain. Vivre sa pulsion, c'est parfois juste réveiller l'odeur nauséabonde qu'elle camouflait.
Non, je ne crois pas que la solution pour quelqu'un qui vit des déchiremens quant à son orientation sexuelle soit d'en "guérir". Mais je ne crois pas non plus qu'on puisse mettre sur un pied d'égalité une orientation sexuelle, une pulsion pour les partenaires multiples... et le fétichisme des gâteaux d'anniversaire tel que le rapporte Dan Savage. Maîtriser sa pulsion n'est pas à tout coup, une mauvaise idée... que ce soit pour soi, ou pour l'autre.
Que le couple doive se sortir d'une certaine hypocrisie pour survivre, je le veux bien. Que la solution se résume à vivre toutes nos pulsions sexuelles, ça me semble assez simpliste. Ce n'est pas parce qu'un plaisir, coupable ou non, laisse un bon goût sur la langue, qu'on peut toujours faire l'économie du mal de tête qui suivra.
Je te lis depuis quelques temps et j'aime bien ton approche.
Prendre du recul dans ce domaine là comme dans les autres me semble plutôt sain, en effet. Sinon, on est dans une sorte de "consommation" du sexe, comme un puits sans fond, qui apporte plutôt de la frustration (comme un trop de sucre mène à l'hypoglycémie ;-).
A bientôt
Lise
Rédigé par : Lise | 08/07/2011 à 16:37