Formation : DEC en journalisme, baccalauréat en études théâtrales
Fait de la critique depuis... 2008
Titre : Critique de théâtre. Pigiste au Devoir et à la revue Jeu.
Citation : "Les meilleurs critiques, ils sont vieux!"
Philippe Couture: allumé, lettré, cultivé, vif et exigeant. Rencontre avec un jeune (c'est lui qui insiste!) critique qui jette sur son métier un regard analytique et empreint d'intelligence.
Au commencement...
... il y avait un garçon, élevé à Saint-Raphaël-de-Bellechasse, très tôt fasciné par le théâtre. Adolescent, ses intérêts s'élargissent et un voyage en Asie contribue à un nouvel appel: il sera journaliste! Il commencera d'ailleurs sa carrière dans la salle de nouvelles de Radio-Canada au Saguenay-Lac-Saint-Jean: politique municipale, nids de poule et tutti quanti. Après quelques mois de ce régime, le jeune journaliste conclut qu'il y a un manque dans sa vie professionnelle. Il décide de retourner aux études, en théâtre, dans le but... de devenir critique.
Il rigole devant mon expression de surprise. C'est que le métier de critique apparaît souvent comme un très bel accident de parcours, mais rarement un choix de carrière. Pour Philippe Couture c'était un choix naturel: le meilleur mariage entre la rigueur et la curiosité qu'il associe au journalisme et sa passion pour le théâtre.
Une question d'engagement
Quand je lui demande ce qu'il pense de la qualité générale de la critique actuelle, Philippe avoue son inquiétude. Dans certains médias, les critiques sont considérés comme interchangeables et on n'accorde peu d'importance à la spécialisation. Critique de musique un jour, de théâtre le lendemain, d'arts visuels parfois... Il trouve la situation particulièrement préoccupante dans les médias électroniques. "Je ne suis pas vraiment fan de la chronique culturelle à la radio où on demande à une chroniqueuse - généralement une fille à la voix souriante - de suivre tout et son contraire."
Philippe accorde beaucoup d'importance à l'expérience (une expérience qu'il n'a pas encore). Pour lui c'est un métier qui s'acquiert avec le temps. Cent fois sur le métier...? "Il faut porter un regard sur le théâtre qui va au-delà de l'événementiel et ça, plus t'en vois, plus t'as cette distance."
Mais au-delà du bagage, la principale qualité d'un bon critique, c'est l'engagement! Pour être un bon critique, il faut plonger dans sa discipline. Mais comment soutenir cet engagement quand les conditions matérielles pour le faire ne sont pas toujours au rendez-vous?
En plus d'être au théâtre presque tous les soirs de la semaine, Philippe Couture a tenu pendant quelques années un blogue, Parathéâtre, d'abord sur le site de Voir, ensuite par lui-même... et toujours bénévolement. "J'ai envie d'y consacrer ma vie, de le faire avec toute l'exigence que ça demande. Mais si la moitié de mes activités sont bénévoles, je ne peux pas y arriver." Pour durer, pour pouvoir approfondir, pour pouvoir aller plus loin que l'événement, un poste permanent est essentiel à ses yeux même s'il sait bien que le milieu médiatique change rapidement.
La subjectivité de la critique
Ce blogue que Philippe a ouvert il y a quelques années et qui revivra bientôt sur le site de la revue Jeu, est pour lui un espace unique de dialogue. Il y a quelques mois, une discussion sur l'utilisation du 'je' en critique y a soulevé plusieurs points de vue. Avec le recul: pour ou contre la première personne dans un texte critique?
"Il y a un 'je' modeste qui est possible et qui est même peut-être plus honnête parce qu'il dit qu'il s'agit de mon point de vue." Pour Philippe, le 'je' ne vise donc pas toujours à placer le critique au coeur de son texte, mais plutôt à exprimer des limites ou à mettre en lumière un angle d'approche. "C'est aussi le rôle du critique de montrer où il se situe." Le 'je' serait donc justifié s'il transporte de la perspective. Il faut seulement s'assurer que ce ne soit pas qu'un 'je' d'affects.
La critique reste un travail de point de vue, mais ça ne signifie pas pour autant qu'elle ne relève que de l'opinion. "Le rôle du critique c'est de faire dialoguer les oeuvres et d'en faire émerger du sens. Dans la mesure du possible..." Si le monde de la critique était idéal, chacun d'entre eux véhiculerait une couleur et permettrait au public d'être exposé à une diversité de regards.
L'influence de la critique
Parlons-en du public: est-ce que les critiques ont de l'influence? Selon Philippe, elles en ont de moins en moins sur les ventes de billets. Dans un contexte d'industrie culturelle, le marketing est tellement fort autour des spectacles et il débute des mois à l'avance. Même quand les critiques sortent, le discours promotionnel est encore très actif et prend beaucoup plus de place. La critique fait bien peu de bruit finalement, surtout qu'il n'y a plus, du moins en théâtre, de "vedette critique" comme pouvait l'être Robert Lévesque à une certaine époque.
Peut-être que c'est le plus grand danger actuel: "La promo contamine la critique." Philippe parle d'un rythme médiatique où il est devenu la norme de paver la voie à une sortie avec une série d'entrevues qui se font sur un ton promotionnel. "J'aimerais bien faire des entretiens après avoir vu le spectacle pour pouvoir échanger plus franchement." Il aimerait aussi pouvoir établir un dialogue entre les créateurs, ce qui permet de dégager des champs de réflexion qui vont plus loin que l'actualité théâtrale. C'est plus exigeant, sans doute, que de couvrir uniquement l'actualité des scènes, mais selon lui, c'est porteur pour l'ensemble du milieu.
Tout au long de notre entretien, Philippe reviendra souvent sur la nécessité pour un critique d'être exigeants et rigoureux. Il se prend à rêver que les critiques osent davantage, aient une personnalité plus forte, plus marquée. Peut-être qu'alors le public serait plus à l'écoute. "Mais pour prendre cette liberté, il faut l'appuyer sur une carapace solide, une sorte de hauteur intellectuelle, une crédibilité. Peut-être que personne n'a les reins assez solides en ce moment."
On sent bien que Philippe Couture souhaite être l'un de ses critiques aux reins solides. Il vous dirait sans doute que c'est une question de temps: "Je suis jeune et je fais de la critique. Mais j'ai l'intention de le faire longtemps!"
Après l'heure que nous venions de passer ensemble, je ne pouvais qu'inscrire cela dans la colonne des bonnes nouvelles!
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Pour suivre Philippe Couture:
dans les pages du Devoir
revue Jeu (qui lance son nouveau site demain sur lequel Philippe tiendra un nouveau blogue)
sur Twitter @PhilCout
Le mois prochain: Philippe Papineau, critique musical
Métier = Critique est un rendez-vous mensuel avec des artisans de la critique culturelle. Chaque 15 du mois, nous abordons avec un journaliste différents aspects du métier pour mieux en cerner les contours et les défis.
Archives: No1 - Manon Dumais
critique vs promotion intéressant débat surtout de mon point de vue j'ai été longtemps spectatrice et ensuite longtemps agente des communications pour une compagne de théâtre si on avait plus de spectateurs prêts à aller voir des pièces juste pour voir du théâtre plutôt que pour passer une bonne/belle soirée ça serait plus facile il me semble de faire de vraie critique et de s'éloigner de la promotion
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Rédigé par : Simone Saint-Pierre | 14/10/2011 à 16:27
Le prochain numéro va aussi t'intéresser Simone puisque je discute avec Philippe Papineau du rôle du critique lorsqu'il travaille dans des milieux particulièrement fragiles (qu'il veut donc aussi promouvoir). Dans ce cas, c'est la musique émergente. Mais il y aura des liens à faire avec nos milieux fragiles.
Rédigé par : Catherine | 14/10/2011 à 18:15