Aurons-nous le courage d’être banals ?
Jacques Brault
Je n'ai jamais compris ces notions de lectures d'été, films d'été, émissions d'été... Il faut dire que je ne suis pas une fille d'été, justement. Que les vacances (quand j'étais enfant) n'étaient pas une libération parce que je préférais l'école à la solitude de la maison. Faut dire aussi, que je suis peu influencée par l'environnement extérieur (et la météo), étant bien trop profondément ensevelie dans ma tête (quatre saisons par année).
Tout cela étant dit, je sais exactement ce qu'on associe à l'été: le flirt, le droit à plus de légèreté, le party, le plaisir, plus de temps pour les amis, etc.
Je sais aussi, pour l'entendre souvent, que plusieurs rêveraient que ce soit l'été à l'année et je constate qu'on fait de gros efforts dans nos médias (et à notre radio d'État) pour que vous puissiez y arriver.
Soyons clairs: j'aime beaucoup plusieurs des nouvelles trouvailles de la grille de la Première chaîne et, comme je fais partie du public bruyant, je pense que leurs artisans le savent . Je suis fan de Pouvez-vous répéter la question? et de La Sphère, j'aime beaucoup Plus on est de fous, plus on lit et Bouillant de culture aussi.
J'ai constaté en début de saison la disparation de la critique culturelle sur les ondes, je n'y reviendrai pas pour l'instant. Ce qui m'intéresse surtout ici, c'est que ces émissions que j'aime ont presque toutes, dans leur ton, une similitude: elles sont sur le party!
En réfléchissant à ce phénomène je me suis rappelée que quand André Robitaille est passé à Tout le monde en parle (TLMEP), Guy A. Lepage lui a demandé de dire aux chroniqueurs de C'est juste de la TV (CJDLTV) d'arrêter de se prendre au sérieux. Je m'étais alors permis un petit commentaire: ce n'est pas parce qu'on rit à TLMEP qu'on ne se prend pas au sérieux! Mais il est vrai qu'à CJDLTV chaque intervention n'est pas habillée dans un gingle qui swingue avec un titre de chronique hop-la-vie. Pas qu'il ne s'y dit jamais rien de drôle, mais on n'adopte pas systématiquement ce ton léger qui laisserait croire qu'on est juste là pour jaser.
Il y a d'autres contre-exemples. Régulièrement, à La Librairie Francophone, on vit des moments émouvants. Il y a quelques jours, l'animateur semblait avoir du mal à terminer son entrevue avec Jean Ziegler tellement les propos rapportés dans son livre sur la faim dans le monde l'avaient bouleversé. Alain Veinstein, l'animateur de Du jour au lendemain sur France Culture, est moins ouvertement émotif, mais il mène des entrevues très intimistes avec les écrivains: trente minutes par jour. Pas de flafla, pas de questionnaire rigolo, pas de gadget. On parle d'un livre. Point.
L'intimité est sans doute une partie de la clé. À notre radio, on favorise de plus en plus les plateaux avec de nombreux invités et des interactions croisées. De là, en partie, cette impression d'un souper bien arrosé. On aime la musique live, la performance. Que de belles et bonnes choses, je le répète. Mais j'ai le sentiment de retrouver ce même ton partout.
On applaudit la volonté radio-canadienne de multiplier les voix et de faire une place à la diversité. Tout ça s'entend. Mais s'entend aussi une impression d'être l'été à l'année. À moins que ce soit notre définition d'une radio plus jeune? Avec des beaux fous rires, de bonnes idées, des bons moments entre amis mais pas beaucoup de plongées intérieures. Pourtant, si un média se prête à ça, c'est bien la radio.
Je rêve de longues entrevues, de moments d'intimité. De moments qui donnent le temps au temps. Je rêve qu'une des soirées de Plus on est de fous... soit consacré à un tête-à-tête, sans distraction. Je rêve d'une radio qui se prendrait juste assez au sérieux pour réduire un peu le rythme et devenir, un moment, contemplative. Une radio qui n'associerait pas toujours culture et party.
Je rêve d'une radio qui me parlerait à l'oreille. Une radio-réconfort.
Une radio d'hiver qui tue la morosité en la regardant dans les yeux plutôt que d'essayer, en vain, de la contourner.
Je ne pourrais être plus d'accord. Au point où je ferme de plus en plus souvent cette radio soudée à la Première Chaîne de Radio-Canada.
La complaisance suinte de partout et ce ton de légèreté m'agace. Plus rien qui ne dure au de-là de quelques minutes et le cas échéant on se contente de surfer sur les évidences et le sans conséquence. D'une radio de fond on est devenu, hormis quelques notables exceptions, une radio à l'humeur éthérée.
Rédigé par : Jacques Trépanier | 03/11/2011 à 20:58
Je n'arrive plus à écouter la première chaîne, c'est malheureux car elle a accompagné mon adolescence. Je l'ai tant écouté lorsque je travaillais comme sauveteur. J'ai senti un changement en 2007. Enfin, il me reste France culture et les nombreuses émissions littéraires, historiques et philosophiques, mais celles-ci deviennent de plus en plus que de simples objets de promotion.
Rédigé par : Marie-Christine | 14/11/2011 à 20:16