Vingt-quatre heures après le Bye Bye, ça m'énerve déjà! Pas les critiques, les gens qui veulent qu'on passe à autre chose. En plein paradoxe, ces chialeux contre ceux qui chialent, ne réalisent pas qu'ils participent au bruit qui maintient le sujet en vie. Ainsi, la communauté Twitter était à bout le 3 janvier de constater qu'on parlait ENCORE du Bye Bye. Savez-vous que le 1er et le 2, il n'y avait pas de journaux ou vous êtes vraiment déconnectés? Les critiques papiers sortaient le 3, mais la communauté Twitter (circa 10% des Québécois) est convaincu que le sujet devrait être clos trois jours après l'événement...
Judith Lussier de Urbania fait partie de ceux qui pensent qu'on critique trop le Bye Bye. Je trouve plutôt chouette qu'elle décide de critiquer les critiques, mais remarquons qu'elle ne note pas le travail critique mais son niveau d'accord avec la critique (étrange évaluation). L'aspect surréaliste de cette chronique se résume en une phrase: "Un critique télé dont l’émission préférée est Une heure sur terre a autant de crédibilité à mes yeux qu’un critique d’art qui capote sur Corno." Ayoye! J'ai mes propres raisons de critiquer Stéphane Baillargeon, mais que doit-on comprendre de cette comparaison bancale? Que Une heure sur terre est à la télévision ce que Corno est à la peinture? Bien non. Plutôt que Une heure sur terre n'est pas l'essence de la télévision, que la télévision est d'abord pur divertissement et ne pas comprendre ça te disqualifie comme critique télé. J'attends toujours la liste d'émissions préférées qui prouvent ta compétence pour te prononcer...
On entend aussi souvent dire que le Bye Bye n'étant qu'une émission de divertissement, faudrait arrêter de déchirer sa chemise. Qui a déchiré sa chemise? J'ai relu les critiques de Richard Therrien et Hugo Dumas qui me semblent plutôt posées. (Notons d'ailleurs que Judith Lussier a compris entre les lignes qu'ils ont vraiment aimé ça dans le fond, mais veulent pas nous le dire...) Stéphane Baillargeon va plus loin en demandant la fin des Bye Bye sur son ton habituel et Jean-François Lisée aborde la question précise de la vulgarité. Répondez-leur si vous n'êtes pas d'accord, mais venez pas dire qu'il y a présentement une charge hystérique contre le Bye Bye.
Mon vase a débordé hier soir quand Anne-Marie Withenshaw a dit à C'est juste de la TV (vers 28 minutes): "Le Bye Bye ce n'est pas pour les critiques, c'est pour le peuple au complet." C'est tellement énorme (surtout venant de quelqu'un qui gagne sa vie en faisant de la critique télé!) que je vais lui donner le bénéfice du doute et assumer que, dans le feu de l'action, elle n'avait pas conscience du poids de ce qu'elle disait. Elle s'est d'ailleurs un peu reprise quelques minutes plus tard.
Les propos d'Anne-Marie ont été repris avec enthousiasme sur le fil Twitter de C'est juste de la TV: ce n'est pas une émission pour la critique! Histoire d'ajouter l'incohérence à l'absurde, quand Marc Cassivi a admis (vers 29m30) "Nous on est pas comme le public en général, évidemment on regarde ça avec nos yeux critiques" certaines personnes l'ont trouvé condescendant. Suivez l'argument: le Bye Bye n'est pas une émission pour la critique (qui n'est donc pas comme le public en général) mais si un d'entre eux avoue qu'il a un oeil différent, il se prend pour un autre. Des fois, mon semblable, ta cohérence me donne envie de me défenestrer sur le champ!
Tout se critique! À partir du moment où une proposition est mise sur la place publique, elle peut être débattue. Et oui, certains professionnels regardent l'émission avec un autre oeil parce que leur boulot c'est d'analyser comment une émission s'inscrit dans l'ensemble du paysage. Ce show est énorme, coûte cher, rejoint un public immense, au nom de quoi la critique ne devrait pas s'y pencher? Parce que c'est du divertissement? Vu comme ça, on ne critiquera pas grand chose. Parce que c'est une institution? Comme l'église avant?
Je suggère pour l'année prochaine un boycott général de tout commentaire médiatique sur le Bye Bye. Silence radio. Bimp. J'ai hâte de voir ce beau public enfin ravi qu'on lui foute la paix et les créateurs enchantés que personne ne parle de leur show.
Avec un peu de chance, certains y comprendraient le rôle incontournable que jouent les critiques dans l'écosystème artistique québécois et nous pourrions nous remettre à discuter de ce qu'ils disent au lieu de remettre leurs compétences en question chaque fois qu'ils ne sont pas d'accord avec nous.
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